Trumpet Call: UTOPIE 1

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On est en 1984.
Orwell, bien sûr.
Tout le monde n’a pas lâché prise dans les années 80.
Yves et Sandra répètent à deux. Sandra, Yamaha CS15, Yves, Casio, Casiotone MT-65 et VL-1.
4 pistes et en avant la musique.
Yves compose seul.
J’arrive plus tard avec ma basse.

Reconsidérer, dans le noir, reconsidérer l’au-delà du futur.
Le futur est au-delà du futur.
Projet vaste et risqué. Sans artifice, à partir du matériau brut et froid.
La machine, la machine, la machine.
Détourner les machines de leur but, les révolter, pour qu’elles touchent en plein coeur les fabriques, les fabricants, la production même.
AAA: Appeler Antonin Artaud.
Eliminer la virtuosité, la technique, le savoir.
Aligner les sons comme les prisonniers devant un peloton d’exécution.
La mélodie ! Un astre dans un ciel de nuit.
Désimposer l’évidence,
détester l’histoire qui avance en sifflotant.

Morceau: Utopie 1
Musique: Trumpet Call

 

Photo: concert de Trumpet Call à la Vénerie, 1984.

Sandra, Nicolas et Yves.

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Paratroops (4), fin provisoire

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Après le concert à l’AB, le groupe s’arrêtait. 

On était en 1983. 

Avec cette année là s’achevait aussi un cycle.

Une décennie

1973: crise pétrolière (le mot crise depuis ce moment là, ne va plus me lâcher). Point de départ d’une nouvelle ère du capitalisme.

1977, le punk, énergie et rage. La mort de Baader. 

En fait c’est 1945 qui s’éloigne, le crime paie, rien ne changera. Même si c’était encore la guerre froide, même si en Belgique, les années de plomb sont encore à venir (CCC, Tueries du Brabant).  Oui, l’économie a réussi à faire s’éloigner l’idée de cette guerre. A nous faire oublier la réalité de l’échec de cette “grande civilisation” occidentale. A nous faire croire encore au progrès.

Mais nous, nous qui flirtions avec l’inconscient de cette période d’intenses soubresauts, nous ne voulions pas être du côté des vainqueurs. Voilà ce qui traversait nos reverbs , les séquenceurs analogiques, le chorus sur la basse, les guitares en aluminium, les nuits à errer. 

 

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Le crachat du skinhead n’atteint pas le rocker qui passe

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Georges, notre guitariste, était dans une école et dans sa classe, il y avait plusieurs musiciens. Ils ont décidé d’organiser un concert avec leur groupe respectif. 

 

C’était en avril 1983 au Ballroom de l’Ancienne Belgique. 

 

 

Flowers of Throe commence la soirée. C’est de la bonne new wave sophistiquée, basse, batterie, guitare. 

 

Il y a du monde. Le public est assez varié mais il y a des gars qui s’agitent un peu. 

Ensuite c’est le tour de Fast Delights. Je ne les connaissais pas mais je commence à comprendre pourquoi le public est assez chaud et pourquoi c’était pas une bonne idée pour nous de jouer en dernier. Ils avaient déjà pas mal de fans et ça déménage solidement. Un mélange de punk et de rock’n’roll. Le guitariste du groupe peu après fera partie de La Muerte.

Dans l’assistance, Il y a des rockers, des punks, des teddys, des skinheads, des new wave, un peu de tout, ce qui à l’époque n’est pas sans faire d’étincelles. Et ça se frictionne pas mal. 

Alors quand on commence, quand la boîte à rythme balance le preset 16 beat, ça ne passe pas très bien dans la salle surchauffée du Ballroom. Après le deuxième morceau, un gars avec une belle banane demande qu’on joue be-bop-a-lula . Yves répond dans la foulée qu’on va donc jouer be-bop-a-lula. Mais c’est une sorte de funk déglingué qui sort de la sono. Un type monte sur scène et s’en prend à Yves. Ils se battent. On s’arrête de jouer. Le gars descend mais on a pas l’occasion de continuer. Ca bastonne un peu partout dans la salle et ça crache de partout dans notre direction. Un teddy boy monte sur scène et prend le micro. Il dit alors avec un bel accent bruxellois un truc du genre: “pour l’amour du rock, arrêtez” mais évidemment ça reprend de plus belle. On remballe le matériel en vitesse, je jette un coup d’oeil vers la salle et ça se bat vraiment sauvagement un peu partout. On quitte la salle dare-dare.

Les lumières se rallument, c’est un beau chaos.

Mais la soirée n’est pas finie.

On a pas le temps de tout mettre dans la voiture que des gars se rappliquent; ils viennent spécialement pour nous. Ce sont des skins. J’ai juste le temps de fermer la bagnole et je me fais courser par deux beaux spécimen sur le boulevard Anspach; je bats le record du monde du cent mètres. 

On se retrouve peu après dans une rue adjacente. Yves s’est fait latter. Il a la figure bien tuméfiée.

Pendant le concert dans la salle, il y avait un jeune journaliste qui travaillait depuis peu de temps au journal Le Soir. Il s’appelle Thierry Coljon. Le lundi dans son journal, il écrit un article sur cette soirée particulière. Ca s’appelle: 

Le crachat du skinhead n’atteint pas le rocker qui passe.

 

Un morceau de répétition, le premier où je chante pendant que Yves murmure Love en boucle:

Speak to me of love

 


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New Wave of the New Wave

Georges et Jean-Michel pendant un concert de Paratroops, sans doute à la Maison Haute.

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Début 80, les rapports entre les groupes et les styles musicaux étaient assez tendus. 

Nous jouions avec une boîte à rythmes. 

C’était pas très bien accueillis par le public punk à l’époque. 

Pour un mini festival, nous avons joué avec “White Lie” à la Maison des jeunes Copainville à Boitsfort et dans l’assistance ça crachait beaucoup sur nous. Les gars de White Lie n’aimaient pas notre musique et notre attitude et ils se gênaient pas pour bien nous le faire comprendre. Jouer dans ces conditions, c’était pas facile, surtout avec notre truc new wave un peu funk, notre chanteur atypique, notre démarche maladroite, notre musique bizarre. 

Après je m’en foutais. J’avais mis ma chemise la plus glamour. Je savais que dans l’assistance il y avait Bil. 

Biliana était grande, d’origine bulgare et évidemment je la trouvais très jolie. J’étais amoureux d’elle et j’y pensais quand je jouais. Alors il fallait rester inflexible malgré l’adversité. 

 

Pendant cette période là, nous avons tourné quelques images en Super 8, très brèves du groupe dans le local à 2 Acren où nous avons répété une fois ou deux. 

 

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Premières images

Logiquement, à cette époque, vers 1982, j’achète ma première caméra Super 8, une Canon 514 XL, que je possède toujours et qui fonctionne encore. J’achète une cartouche Super 8 couleurs et je filme mes premières images. Beaucoup de plans tournés à la campagne dans l’usine, plaine de jeux de mon enfance. Je filme les lieux d’une partie de ma vie qui se ferme derrière moi.

Voici ces images

 

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La Pilule verte

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Un moment important.

 

A cette époque, je commençais à aller au théâtre. C’était très vivant dans ce qu’on appelait le Jeune Théâtre. J’ai vu la Pilule verte au Théâtre de la Balsamine d’après l’auteur polonais Witkiewicz. La pièce se déroulait dans l’ancienne caserne militaire Dailly. Le public déambulait dans l’espace abandonné à la recherche des comédiens, à la recherche de la représentation. Fragmentation, ruines, malentendu, inquiétude détachée, mise en abîme: la pièce et sa mise en scène ont frappé dans le mille. Une allégorie sur notre situation, nos sentiments. Dans le fond, j’étais bouleversé.

Après ça, j’étais convaincu que je devais me diriger par là. J’ai été voir les premiers spectacles de Dezoteux au Théâtre Elémentaire, avec Suzana Lastreto, les pièces de Liebens, d’Alain Populaire (dont une pièce mémorable autour d’Antonin Artaud, rue du Sel à Anderlecht). 

J’ai commencé à aller au cinéma. Au Monty, place Fernand Cocq, j’ai vu mes premiers Fassbinder: “Les larmes amères de Petra Von Kant”. Encore un choc, voire une jolie fissure….

 

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JEAN-MICHEL

Pendant l’été, j’ai aussi reçu des photos de Jean Michel. Ici on le voit pendant notre premier concert ainsi qu’un bout de la trompette de Yves.

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Un entretien avec Yves

J’ai profité de l’été pour compléter mes souvenirs et documents. J’ai compilé des images, des sons et des textes que je vais maintenant tâcher de délivrer dans l’ordre et de manière sensée.

 

Par exemple, j’ai retrouvé notre premier carnet avec les indications pour la boîte à rythmes.

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Puis avec Yves -un des membres du groupe et ami- nous avons longuement discuté. 

Cela a remué pas mal de choses et mis en place des éléments que je n’arrivais plus à rassembler.

Au cours de la discussion, nous étions d’accord pour dire que notre sentiment à l’époque (et c’est toujours le mien) c’était qu’il fallait que les choses changent.

Yves avait vu, enfant, les banderoles de Mai 68 à l’Université de Bruxelles. Il se souvient encore que cette idée d’une modification du cours des choses et du sentiment très fort qui l’accompagnait, que ce sentiment a été un moteur puissant de sa jeunesse. 

Qui a fait de lui un être curieux, à la recherche de ces traces de changement. 

Qui l’a amené à prendre sa mobylette et à aller fréquenter le vieux Saint Job vers la fin des années septante.

Et là, il a bien vu que des choses se passaient. 

Que des jeunes gens se mettaient à faire de la musique avec rage, sans connaître une note.

Que cette rage se retrouvait aussi dans la rue, comme quand il a assisté à la manifestation anti-Van Haelteren, le bourgmestre de Bruxelles de l’époque, un libéral qui avait pris des mesures anti-jeunes. 

Place de la Monnaie et alentour, des émeutes avaient éclaté. Des jeunes gens balançaient des cocktails molotovs et c’était la fête mais pas la fête officielle, pas celle qui devait célébrer le Millénium, le millénaire de Bruxelles.

Un des slogans des jeunes c’était “Bruxelles, ville de merde”. Pas mal.

Je n’étais pas à la place de la Monnaie ce jour là mais je me souviens des interdictions de concerts en 79 et de la fronde anti-Van Halteren. Sa petite fille était dans ma classe et on faisait la pression pour qu’elle aille le voir et lui dire d’arrêter ses conneries. Il était vraiment gâteux et réac. C’était pénible comme ambiance pour ceux qui voulaient faire de la musique et pour les jeunes en général. J’arrivais à peine à tenir ma basse mais j’étais déjà consterné… 

 

 

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Interruption pendant Juillet et Août

Le blog reprend en septembre. Je vais profiter de l’été pour rassembler des documents et préparer la suite… 

 

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Paratroops (3)

 

En 1982, on a organisé une petite tournée.

Centre de rencontre à Namur.

Le Mégot à Ottignies.

Maison des jeunes “La brique” à Charleroi.

La Sucrerie à Waterloo.

 

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A Namur, nous étions allés deux semaines avant le concert, pour repérer l’endroit. 

Pendant la soirée, Yves en est venu aux mains avec un gars de là bas. Il avait fallu les séparer, ce qui était pas mal pour Yves parce que le type était plus costaud que lui.

Le gaillard savait que nous allions revenir pour jouer. 

Deux semaines plus tard, nous n’étions pas très à l’aise de retour à Namur.

Nous nous attendions à un comité d’accueil, nous nous attendions au pire. 

On est arrivé, on s’est installé, on a fait le son. 

La soirée a commencé et le type est arrivé, très calme. 

Finalement, il devait y avoir dix spectateurs quand le concert à débuté. 

il a tout regardé et à la fin, il est parti sans rien dire.  

 

 

La semaine suivante, au Mégot à Ottignies, ça se passe bien.

 

Après, c’est le tour de Charleroi.

Le jour dit, quand nous arrivons dans l’après midi, il y a un tas de gravas devant la porte de la maison des jeunes “La Brique” et une pelleteuse est en train de tout casser. 

Un responsable est arrivé: ils avaient oublié de nous prévenir qu’il y avait des travaux. On a brandit notre feuille signée qui servait de contrat. Il nous a payé mais c’était impossible de jouer là; 

On jouera quand même dans un bistrot qui va réouvrir pour l’occasion.

Un autre groupe débute la soirée, des punks de Charleroi dont j’ai oublié le nom et puis c’est notre tour.

Les zouaves new wave de la capitale commencent à jouer tant bien que mal leurs chansons tordues dans une ambiance de fin du monde…

 

 

 

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