Enregistrée en mars 1984, quelque part dans la rue Stévin à Etterbeek.
A l’époque pas mal de musiciens habitaient par là.
On a du mal à l’imaginer maintenant quand on passe dans le quartier (c’est derrière le Berlaymont).
Dans ce petit studio, on a enregistré quatre chansons sur un 8 pistes Fostex.
Le film -qui pourtant n’est pas très long – adopte trois points de vue différents:
celui du narrateur, principalement,
celui de l’héroïne, pour un plan,
et enfin le point de vue du zèbre, pour un plan également.
L’unité n’est-elle pas perdue depuis longtemps ?
Super 8 couleurs, 1985, 1′, avec Nadine Hannssens comme interprète.
Pendant l’été 84 est sorti le film de Rohmer.
“Les nuits de la pleine lune”.
On en a beaucoup discuté à l’époque.
Trumpet Call écoutait passionnément Elli et Jacno, ils avaient composé la musique du film.
Pascale Ogier, l’actrice principale et que nous aimions beaucoup,
est morte peu de temps après la sortie du film.
Fin 84, Yves a composé un morceau qui s’appelle Pascale.
C’était pour elle, évidemment.
Out of Control est un festival qui a eu lieu le 25 février 1984 avec Front 242 en tête d’affiche. Cela se passait à Forest mais pas Forest National, bien sûr, mais dans l’arrière salle d’un café sur la place Saint Denis. Il y avait aussi Berntholer qui jouait après nous.
Ce festival fut le chant du cygne de Trumpet Call. Notre dernier concert. Le groupe ne s’est pas dissous tout de suite. Yves a continué à composer et enregistrer à la maison, mais de cela nous reparlerons plus tard.
Pour l’heure, comme le montre les photos, c’est le sound check. Yves, Sandra et moi mettons tout en place pour le concert qui commencera en début de soirée. Nous ferons le son sur un morceau, peut-être celui-ci: “Cats” dont voici une version courte enregistrée en répétition.
Les enregistreurs à cassette 4 pistes ont commencé à faire leur apparition au début des années 80. Le plus populaire était à cette époque le Tascam. Mais il y avait d’autres modèles comme le Yamaha. C’est celui là que Yves a acheté.
Le 4 pistes marque le début du Home studio. Avant il y avait déjà les enregistreurs à bande 8 pistes portables mais ils demandaient déjà une petite infrastructure: une table de mixage (elles étaient chères à l’époque), pas mal de câbles, de la bande magnétique assez onéreuse. Le 4 pistes à cassette combinait tous les éléments en une machine. C’était prêt à l’emploi. Il suffisait d’une cassette (de bonne qualité) et on pouvait enregistrer sur 4 pistes séparées. Grâce à la technique du ping-pong, on pouvait aussi multiplier les pistes mais cela au détriment de la qualité.
Beaucoup de groupes ont commencé à enregistrer leur démo là dessus et pas mal de musiciens se sont improvisés ingénieurs du son à partir de ce matériel.
Le Yamaha avait une petite mixette en option. Elle avait une reverb incorporée qui sonnait pas mal. Voici un morceau enregistré par Yves sur lequel chante Sandra. Le morceau s’appelle Movement.
Il y a 30 ans, le 13 février 1984, on découvrait avec horreur l’assassinat de Christine Van Hees. Elle avait 16 ans, elle avait été torturée et brûlée dans les galeries de la “Champignonnière” à Auderghem.
Ce crime nous a marqué en son temps et si je le rappelle aujourd’hui, c’est parce qu’avec les trente ans qui se sont écoulés, le meurtre est, depuis quelques jours, prescrit.
Ce crime nous a marqué à l’époque par sa cruauté. Il faisait écho à l’angoissant univers qui nous entourait. Oui, ce crime représentait quelque chose de notre désarroi.
Comme un inconscient qui se déchaîne.
Christine Van Hees, c’est l’inconscient de ce monde sombre dans lequel nous ne voulions pas nous adapter qui surgit dans le réel. C’est le lapsus, l’acte manqué de 1984, de sa société, de ses grands projets.
Dans notre rage, c’est ce qui nous faire dire: vous n’avez rien soigné.
Parce que soigner, c’est changer et rien n’avait changé. Tout était comme avant.
Et dans la cave d’une Champignonnière abandonnée, en février 1984, dans Bruxelles, près du Boulevard du Triomphe, Christine Van Hees se consume sur le bûcher.
Avec Trumpet Call, on s’essaie à la pop music. Une pop mi-sucrée, mi-amère.
Musique monophonique.
Structures étirées.
C’est du Casio que viennent la basse et la boîte à rythme.
Ca ne faisait pas très sérieux. Comme de l’anti-musique.
Faut s’imaginer que l’esprit punk commence solidement à battre de l’aile.
Alors faire de la musique avec un Casio!
Mais on ne pouvait pas imaginer faire autre chose pour manifester notre dégoût.
Sans faire de la musique expérimentale, trop évident.
Et l’échappée vers la musique de danse nous paraissait vaine.
L’idée:
Foutre en l’air la manière habituelle.
Dada.
On prépare le premiers concert.
Ce sera à La Vénerie en janvier 84.
On va jouer un morceau qui s’appelle: “The Wedding”.
En voici une version enregistrée en répétition.
Et l’affiche du concert, faite en sérigraphie par le papa de Zouzoune.
“Etes-vous anarchiste?
Il y a plus d’ordre dans l’individu que dans tout l’Etat. L’Etat commence par saccager l’individu puis tente de lui imposer un ordre approximatif.”
(Herbert Achternbusch répond à la question du journaliste venu l’interviewer chez lui en Bavière).
Il n’y a pas d’art. Il y a la guerre. Il y a la destruction.
Partir des tas de gravats, de la réalité du monde telle que nous la recevions en plein coeur.
S’il devait y avoir une utopie, elle devait sortir de là, de ces amas de pierres et de briques, de nos âmes meurtries.
Tenter d’accepter ces fondations en ruines et de faire face, c’était pour moi l’esprit du temps, le Zeitgeist.
“Sortir par la fenêtre pour aller jusqu’à la lumière”, Super 8. La musique a été composée pour un western. J’imite le bruit du vent.
Je filme les cailloux à Deux-Acren et dans Ie jardin à Ixelles. Je pose la caméra et quelqu’un me filme un bref instant.