J’allais au Musée du Cinéma dès que je pouvais. J’habitais au premier étage de la rue Hector Denis. Au troisième étage, dans les combles, il y avait Annick qui vivait là. Elle était alcoolique. Quand elle était en trop mauvais état, je l’aidais à monter les escaliers et veillais sur elle. Elle avait dix ans de plus que moi, elle était perdue. Elle avait bien connu Yvon Vromman et quand je voulais en savoir plus (on était en 1988, “Les Tueurs de la lune de miel” s’étaient séparés 3 ans auparavant), sa mémoire devenait incohérente, très peu précise. Elle employait des adjectifs comme “gais”, “fête”, “excessif” mais elle n’arrivait plus à raconter une histoire. Avec l’alcool, son passé lui échappait. La fin de la décennie ne racontait plus d’histoire très précise. Plus rien ne se dessinait. Je remplissais des pages entières de griffonnages, de textes déstructurés. Des essais de scénarios aussi.
Un jour, nous avions décidé avec Yves de refaire un peu de musique, de relancer la machine. Un gars qu’on connaissait, Philippe, voulait jouer de la basse. Nous avons répété dans mon petit appartement. Deux synthés, une basse, le quatre pistes. Une seule répétition, un morceau. Une bonne synthèse de notre vision du monde.

